Note d’intention
Offenbach meurt laissant inachevé son ultime opéra. Depuis sa création le 10 février 1881, toutes les partitions et versions retrouvées différent les unes des autres. Labyrinthe sans issue, chacun peut donc offrir « ses » Contes d’Hoffmann.
Nous donnerons à voir et entendre la version première, rétablissant des dialogues parlés reconstitués à partir des quatre contes d’E.T.A. Hoffmann qui ont inspiré Offenbach.
Par ailleurs, dans cette version, comme le souhaitait Offenbach, une seule interprète incarne les quatre rôles féminins (Stella, Olympia, Antonia, Giulietta).
Le mystère de cette œuvre, son romantisme, n’est pas dans l’exaltation du fantastique allemand et dans sa fidélité aux contes sulfureux, mais dans l’évocation d’une ivresse que l’on retrouve plus chez Baudelaire… Il faut toujours être ivre de vin, de liberté, à votre guise !
Dans cet ultime opus, Offenbach se raconte, il tente de nous faire comprendre son rapport à la création. À travers Hoffmann et les quatre femmes qu’il rencontre, il évoque sa propre initiation à la création. Son parcours de vie, avec ces trois marionnettes qui l’entourent, qui l’aident, dans la traversée des apparences, à entrer dans les fumées épaisses de la création artistique :
- l’acte d’Olympia, poupée-femme-objet, le désir juvénile, est encore, dans un folklore offenbachien, proche des opérettes.
- l’acte de Giuletta s’assombrit en ajoutant l’élément sensuel qui ressemble plus aux bijoux de Baudelaire qu’aux femmes faciles de La Vie parisienne.
- l’acte d’Antonia où, in extremis, l’oeuvre s’envole dans un lyrisme musical fort et où la peur de composer, enfin, un opéra condamne Antonia à mourir, plutôt qu’à réaliser son rêve de chanteuse. Plutôt, comme lui dit le Docteur Miracle, mourir que choisir une vie bourgeoise !
C’est aussi le souhait de ce spectacle, dans un univers proche de Lola Montes, que de parcourir ce voyage.
Olivier Desbordes, metteur en scène
L’histoire :
Dans un cabaret, assis à une table en attendant Stella, la jeune ballerine qu'il aime, Hoffmann raconte à ses amis ses malheureux amours passés.
Il aima trois femmes, Olympia, Giulietta et Antonia. Olympia était une ravissante poupée animée par l'artisan magicien Coppelius, qui détruisit son œuvre par cupidité. À Venise, Hoffmann fit la connaissance de Giulietta, une courtisane qui voulait lui ravir son âme. Il aima enfin Antonia qui était tuberculeuse et qui mourut d'avoir trop chanté. En fait, ces trois femmes n'étaient que les trois facettes d'un même être : l'Éternel Féminin, la Femme que tout Homme recherche. Et l'homme doit accepter chacune d'elles, sinon le bonheur lui sera refusé. Hoffmann comprend sa méprise et s'enivre.
Stella vient enfin au rendez-vous. Mais déçue par l'attitude d'Hoffmann, elle part au bras de Lindorff, un personnage corrompu qui était, dans les trois contes, le rival direct d'Hoffmann...
« - Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
(…)
- J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages ! »
« (…) si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre , vous vous réveillez , l’ivresse déjà diminué ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l’oiseau, l’horloge, vous répondrons: il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du temps ; enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin de poésie ou de vertu, à votre guise. »
Charles Baudelaire, petits poèmes en proses