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On raconte que ce petit
opéra de Mozart serait une commande du Docteur Mesmer,
célèbre grâce à sa théorie du
magnétisme.
C’est peut-être parce que Mozart n’a que douze
ans quand il le compose et qu’une méchante tradition
veut que cette partition soit exécutée par des enfants
que « Bastien, Bastienne » est régulièrement
associé à une « pastorale adolescente »
charmante et légère ; alors que ce que Mozart nous
dit est déjà essentiel et audacieux.
En effet il nous parle de la mélancolie (dès le
début de l’oeuvre, Bastienne ne dort plus et veut
mourir), de l’amour fou (Bastienne est prête à
tout accepter si elle épouse Bastien), de la passion masochiste
(« au diable, s’il m’écorche le visage
» dira Bastienne), de l’ambition sociale (Bastien
délaisse Bastienne pour la demoiselle du château),
de l’appât du gain (« C’est l’argent
qui régit le monde entier » dira maître Colas),
du chantage suicidaire (Bastien envisage différentes manières
de mettre fin à ses jours), de l’espérance
(« C’est un fou celui qui met lui-même un terme
à sa vie », dira le même Bastien).
Mozart dans le fond et dans la forme annonce déjà
ces opéras à venir.
Les artifices utilisés ne sont pas là pour apprendre
à Bastienne à intriguer et à jouer avec ses
sentiments mais pour l’aider à être sincère
avec le moment.
Marcel Schwob disait « Aime le moment. Tout amour qui dure
est haine ».
It
is said that this short opera by Mozart would have been commissioned
by Dr Mesmer (made famous by his theory on magnetism).
Maybe because Mozart was only twelve when he composed that opera,
and maybe because a wicked tradition wants this score to be played
by children, Bastien, Bastienne is often associated with a light
and delightful “adolescent pastorale”, yet what Mozart
tells us here is already essential and daring.
Indeed Mozart evokes melancholy (from the beginning of the work,
Bastienne cannot sleep and wants to die), wild love (Bastienne
is ready to accept anything as long as she can marry Bastien),
masochistic passion (Bastienne says: “The devil take me
if he scratches my face”), of social ambition (Bastien abandons
Bastienne for the young lady of the castle), of the lure of gain
(master Colas says “It is money that rules the whole world”),
of suicide threats (Bastien contemplates different ways of putting
an end to his life), of hope (“He’s a fool, the man
who puts an end to his own life” will also say Bastien).
In content and form, Mozart already foretells his operas to come.
The tricks he uses are not aimed at teaching Bastienne how to
intrigue and play with her feelings, but at helping her being
sincere in the present moment.
Marcel Schwob used to say “Love the moment. Everlasting
love is hate”.
Michel Fau, Metteur en scène/Director |